Témoignage

Antoinette Corongiu

Directrice de la Fédération des Maisons de Jeunes en Belgique francophone (FMJ ASBL)

 

" Depuis de nombreuses années, la Fédération des Maisons de Jeunes en Belgique francophone mène avec son réseau de 112 centres de jeunes un travail laborieux pour que les jeunes y trouvent des espaces de rencontre, d’expérimentation culturelle et artistique, de construction de projets, de participation, d’écoute, de rêve, de passion, pour que leurs actions soient reconnues, valorisées et entendues !

Le climat social actuel qui trouve, entre autres, son origine dans la crise économique et de l’emploi est particulièrement difficile et stigmatise une frange importante de la population. Certaines réponses politiques à ces problèmes sociaux ont mis prioritairement l’accent sur la répression et le sécuritaire en ciblant souvent le public jeune.

Nous regrettons d’assister trop souvent à de réelles dérives de l’action politique. Certaines communes n’hésitent pas à prendre, sous l’effet de logiques sécuritaires, des initiatives allant jusqu’à exclure les jeunes d’un certain nombre d’espaces publics. Les problèmes d’incivilité et d’insécurité ne sont pas l’apanage des jeunes comme beaucoup le laissent croire…

Plutôt que de réduire l’action jeunesse à des dispositifs répressifs et sécuritaires, il y a lieu de miser sur les actions socioculturelles qui permettent réellement aux jeunes de devenir des citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires !

Face aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés, la perspective de cette campagne est de valoriser les actions positives, résolument volontaristes.

« Commune jeunes admis » est donc une campagne qui vise à informer et sensibiliser les élus communaux sur l’importance de mener une politique de jeunesse qui favorise l’expression et l’émancipation des jeunes.

« Commune jeunes admis » mise sur les ressources et les potentiels des associations de jeunesse locales pour permettre aux jeunes de dire qui ils sont, ce qu’ils vivent et ce qu’ils veulent.

A travers cette campagne, nous invitons les 281 communes de Wallonie et de Bruxelles à signer une charte d’engagement qui vise à mettre en place des actions concrètes avec les maisons de jeunes, les centres de rencontre et d’hébergement, les organisations de jeunesse et bien d’autres associations de jeunesse… pour et avec les jeunes !

Nous considérons qu’une approche qui responsabilise les jeunes, qui leur offre des espaces de rencontre et d’épanouissement liés à leur âge et à leurs centres d’intérêts doit être privilégiée. Il nous semble essentiel de rapprocher les pouvoirs publics locaux et les associations de jeunes pour faire avancer résolument des projets qui misent concrètement sur les ressources citoyennes des jeunes ! Ce sont là les enjeux essentiels qui fondent la campagne « Commune jeunes Admis »."

Témoignage

Emmanuelle Delplace

Directrice de la Ligue des Droits de l'Homme

 

" Depuis le début des années 1990, la lutte contre les nuisances ou les incivilités, particulièrement lorsqu’elles sont le fait de jeunes et s’inscrivent dans l’espace public, est régulièrement inscrite à l’agenda politique. Le gouvernement actuel n’entend pas se départir de cette approche. Sa loi relative « aux sanctions administratives communales et aux mesures de police administrative et visant à lutter contre les incivilités et à renforcer les compétences de police administrative des autorités communales » témoigne de sa volonté d’étendre le champ d’application des sanctions administratives afin de lutter plus efficacement contre les incivilités.

(…)

Si cette extension (…) interpelle, son application aux mineurs d’âge en est d’autant plus contestable. La loi prévoit que les mineurs pourront dorénavant se voir infliger, par un fonctionnaire communal, des sanctions administratives dès l’âge de 14 ans (16 ans antérieurement), consistant notamment en l’imposition d’une amende administrative de 175€ maximum (125€ antérieurement) ou d’une prestation citoyenne. Dans la mesure où ces sanctions administratives peuvent venir sanctionner des infractions pénales, le projet revient à diminuer l’âge de la majorité pénale à 14 ans, faisant fi de toutes les protections juridiques accordées aux mineurs aux plans national et international. Certes, le gouvernement a revu sa copie en prévoyant l’obligation d’informer les responsables du mineur et en instaurant une nouvelle procédure d’implication parentale, préalablement à l’offre de médiation obligatoire pour les mineurs. Il n’empêche que le juge de la jeunesse se voit ainsi dépossédé de ses compétences lui permettant d’imposer des mesures de protection plus appropriées à la situation des mineurs. A l’instar d’autres dispositifs, le projet n’est plus pensé en fonction de l’intérêt du mineur, mais uniquement en réponse à des impératifs sécuritaires.

 

La crise économique actuelle incitera-t-elle nos gouvernements à lutter aussi contre d’autres formes d’insécurité qu’elles soient familiale, sociale ou environnementale ? Il est sans doute un peu naïf de l’espérer. Pourtant, il est urgent qu’ils donnent naissance à d’autres projets mettant cette fois la protection et l’épanouissement des citoyens, et particulièrement celui des jeunes, au centre de leurs préoccupations. "

Témoignage

Catherine Demonty

Coordinatrice de projets au sein du Conseil de la Jeunesse

 

" En tant qu’organe officiel d’avis et porte-parole des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles, le Conseil de la Jeunesse se réjouit de l’initiative « Commune Jeunes Admis », et a souhaité y apporter son soutien.

Cette campagne participe selon le Conseil à une mission partagée par toutes les structures et acteurs éducatifs qui travaillent au quotidien avec des jeunes : encourager leur citoyenneté active. En effet – outre les MJ et les centres d’information ou de rencontre – les organisations de jeunesse, conseils consultatifs, AMO, clubs sportifs et les écoles œuvrent également en ce sens au niveau communal.

Cette campagne soulève également la question de la participation des jeunes, une priorité du Conseil de la Jeunesse. Un espace d’expression est ouvert, un dialogue est initié entre les jeunes, les travailleurs de jeunesse et les politiques, reste à connaitre les modalités de leur concrétisation au sein de chaque commune.

En parallèle au travail mené par la FMJ sur cette campagne, le Conseil de la Jeunesse a d’ailleurs, comme lors de chaque élection, rédigé un Mémorandum à l’attention des nouveaux élus communaux. L’occasion de leur rappeler les priorités, les aspirations et les souhaits souvent très concrets de leurs jeunes administré(e)s. "

Témoignage

David Lallemand

Conseiller en communication auprès du Délégué général aux Droits de l'Enfant

 

" Construisons ensemble la politique locale de jeunesse. Cette phrase, que l’on trouve sur la couverture de la brochure « Commune Jeunes admis » éditée par la Fédération des Maisons de Jeunes en Belgique francophone, résume à elle seule la raison primordiale pour laquelle le Délégué général aux droits de l’enfant a tenu à s’associer à cette campagne : elle illustre clairement l’article 12 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant qui garantit le droit des jeunes à exprimer librement leur opinion sur toute question qui les intéresse. Opinion qui doit, théoriquement, être dûment prise en considération dans tous les domaines qui les concernent. La campagne « Commune jeunes admis » fait passer ce droit à la participation de la théorie à la pratique. Elle permet la rencontre intergénérationnelle avec les autorités locales pour discuter des politiques de jeunesse qui dépassent de loin la simple mise à disposition d’un local « parking » pour les adolescents. C’est jeter les bases du « vivre ensemble » que ce projet doit faire aboutir en réunissant jeunes et moins jeunes de manière volontariste, en reconnaissant aux enfants des compétences et des talents en termes de réflexion pour le bien-être de tous et de chacun dans la société au sein de laquelle ils doivent grandir."

 

Témoignage

Yamina Ghoul

Secrétaire générale de la Confédération des Organisations de Jeunesse Indépendantes et Pluralistes

 

"La COJ soutient cette campagne car elle trace les contours d’un cadre auquel aspirent depuis longtemps les travailleurs du secteur jeunesse : voir naître dans les 281 communes de Wallonie et de Bruxelles une politique ambitieuse et dynamique s’ouvrant à de nouvelles formes de collaboration avec la jeunesse.

La COJ rassemble 34 Organisations de Jeunesse indépendantes de tout courant d’opinion confessionnelle, philosophique ou politique particulier – dont la Fédération des Maisons de Jeunes en Belgique francophone – qui inscrivent leurs activités et perspectives dans le champ des politiques culturelles de Jeunesse et de l'éducation permanente.

Les valeurs qu’elles défendent se trouvent être en totale adéquation avec les objectifs de la Campagne « Commune Jeunes admis »: favoriser l’apprentissage de la démocratie chez les jeunes, assurer une représentation collective des questions de jeunesse, donner à chaque individu les moyens d’agir et de se réaliser seul ou en groupe…

S’il existe depuis longtemps une volonté de pouvoir mettre en avant des politiques qui misent sur les jeunes, c’est très concrètement que la démarche prend forme aujourd’hui au travers de cette charte entre pouvoirs publics locaux et associations de jeunes. En effet, elle vise à prendre des engagements mutuels réels et visibles.

Nous pensons que cet outil partagé qu’est la charte, par un effet de contagion, est susceptible de favoriser une mobilisation plus large de communes prêtes à développer une politique de la jeunesse au niveau local. L’enjeu est de taille. Une institution comme la Commune est invitée à répondre efficacement aux besoins qui voient le jour dans une société en perpétuel mouvement et à s’adapter aux nouvelles générations. Son fonctionnement peut être modernisé. Et c’est le cas avec cette campagne. La question de la participation des jeunes qui, depuis longue date, voudrait trouver place au cœur de la politique des communes, va pouvoir prendre une forme perceptible et profitable. La forte implication des jeunes conditionne à notre sens la réussite des nouvelles politiques, des nouvelles dynamiques constructives pour inventer le monde de demain.

On sait que l’appui des communes aux initiatives des jeunes peut être financier ou logistique mais aussi, et on en parle généralement moins, un appui de reconnaissance et de valorisation. Dans le cadre de cette campagne et grâce à la médiatisation importante conséquente à la signature de la charte, ce sont également ces dimensions de reconnaissance et de valorisation qui seront mises à l’honneur. On retrouvera sous les projecteurs de nombreux exemples d’initiatives riches et variées et de nombreux partenariats avec les institutions locales.

Chaque jour dans les MJ et les OJ, les jeunes trouvent un espace réel de découverte des valeurs démocratiques. En plus de former des CRACS (citoyens, responsables, actifs, critiques et solidaires), ces organisations contribuent à développer des qualités définies comme primordiales dans notre société. Toutes ces organisations animées pour et par des jeunes œuvrent autour d’une ambition d'émancipation et de transformation sociale. En cette période de crises et de replis individualistes, il convient de se lancer des défis. C’est le moment de construire du neuf, d’escompter voir naître de nouvelles MJ, de nouvelles Communes Jeunes Admis.

Je souhaite conclure en imaginant la suite à donner à cette campagne. Pour que « Commune Jeunes admis » fasse des émules et perdure au-delà de cette année 2013, il importe de poursuivre ce type de démarches, en concertation élargie, avec l’ensemble des acteurs associatifs du secteur jeunesse en partenariat avec les Communautés et les Régions."